Le sexisme à Madagascar: un appel à la prise de conscience

Si l’égalité des genres est, aujourd’hui, au cœur des débats, les Malagasy ne semblent pas encore tout à fait l’entendre de cette oreille. Sexisme et discriminations en tout genre, loin de choquer, demeurent le pain quotidien des habitants de la grande île.

Sexisme à Madagascar: des idées datant de l’âge de pierre

Le sexisme est un sujet épineux dont on ne peut parler sans avoir un certain courage et sans être à l’épreuve des critiques de mauvaise foi dans un pays aussi conservateur que Madagascar. En effet, Madagascar est un pays de dinosaures pressés où les habitants veulent ressembler à ceux des pays riches tout en brûlant les étapes. Le premier pilier du développement étant l’égalité homme-femme, nous ne sommes pas sortis de l’auberge avec ces stéréotypes millénaires qui sont toujours au goût du jour et acceptés aussi bien par la gente masculine que féminine.

Selon l’idéologie Malagasy, une idéologie antédiluvienne toujours respectée par beaucoup, faute d’avoir un cerveau, les femmes doivent être inférieures aux hommes : moins grandes, moins riches, moins intelligentes, moins âgées et moins ambitieuses.

Ainsi, si les hommes aspirent à devenir pilotes, médecins, directeurs ; les femmes, elles, doivent aspirer à être hôtesses de l’air, infirmières et secrétaires si par chance elles ne sont pas simplement femmes au foyer.

La principale préoccupation des jeunes filles Malagasy reste toujours l’attente passive du prince charmant, cet homme richissime tombé du ciel prêt à subvenir à tous leurs besoins financiers, en échange de quoi, elles feraient le ménage et la cuisine pour lui et bien sûr, elles lui donneraient une ribambelle de garnements. Et si par mégarde, une femme s’aventurait à défier l’ordre établi, on la traiterait aussitôt d’ « akoho vavy maneno ».

sexisme à Madagascar
“La principale préoccupation des jeunes filles Malagasy reste toujours l’attente passive du prince charmant”, idée véhiculée dans les contes de fée.
cc: Pixabay

Des stéréotypes aveuglément entretenus

Ces idées sexistes, beaucoup d’autres pays les partageaient… il y a 50 ans. Si bon nombre de pays développés se sont finalement rendus compte de leur erreur suite aux manifestations courageuses et répétées des femmes et des hommes contre la discrimination des genres. Madagascar, au lieu d’en prendre de la graine et ainsi gagné cinquante années de développement dont la formule magique a été découverte et testée pour elle, préfère passer son petit bonhomme de chemin. Avec de la chance, nous finirons bien par reconnaître nos erreurs dans un siècle ou deux…

Aujourd’hui encore, le sexisme à Madagascar perdure. Les stéréotypes sont en permanence enfoncés dans les esprits par la presse et la publicité sans même qu’elles ne s’en rendent compte. Sur les panneaux publicitaires, l’on peut voir que ce sont des femmes et seulement des femmes qui apparaissent sur les pubs de détergents et savons en tout genre. Il y a même une publicité télévisée sur une boisson énergisante qui montre un homme buvant la dite boisson avant de pratiquer du sport tandis que la femme boit cette même boisson avant de se mettre aux tâches ménagères.

Comme nous sommes sans cesse bombardés par ces absurdités de l’âge de l’homme de Cro-Magnon, il n’y a rien d’étonnant à ce que la vision  sexiste des Malagasy patine. Même si, bien sûr, cela ne les excuse pas car nous sommes tous dotés d’une faculté de jugement qui nous est propre.

Mais ce que l’on peut remarquer, c’est que les Malagasy ont cette flemme nationale de remettre en cause ce qui a déjà été établi des décennies auparavant. Nous sautons bien volontiers dans le nouveau train en vogue lancé par la mondialisation sans vraiment nous demander s’il va dans la bonne direction mais il semblerait que nous aimions tout spécialement sauter dans le mauvais train.

La place des femmes à créer

Il est impératif de commencer une prise de conscience nationale face à ce problème millénaire car il est d’une importance capitale autant du point de vue social qu’économique. Celle-ci doit commencer par les femmes car elles ont elles-mêmes tendance à préférer être menée et encouragée par les hommes car ceux-ci ignorent souvent leur importance dans ce combat commun. Nous nous devons de déconstruire ces stéréotypes persistants qui ont peuplés notre enfance et qui continuent à peupler notre quotidien de diverses manières.

Il faut, en premier lieu, faire comprendre aux femmes que la vie ne se résume pas au mariage et aux enfants comme l’ont suggéré ces contes de fées qui font rêver tant de petites filles. Nous avons nos ambitions propres et nos propres projets. Des perspectives de carrière complètement indépendantes de l’arrivée fortuite et non sollicitée du soi-disant prince charmant dans notre vie, ente deux de nos pas vers la réussite. Nous avons tellement mieux à faire que de l’attendre les bras croisés.

sexisme à Madagascar
Une femme est tellement bien plus qu’un corps et un utérus.
cc: Pixabay

Le second point est tout aussi important mais demeure encore inconnu et difficile pour beaucoup de femmes. Je le déclare : la vie, mesdames, n’est pas un concours de beauté. Etre belle n’est pas une qualité indispensable, être la plus belle n’est pas un défi permanent à relever à chaque fois que l’on se retrouve dans une nouvelle communauté, à l’école, au travail, à une fête. Détester une femme parce qu’on la juge plus belle que soi comme nous l’a appris la marâtre de Blanche Neige est l’un des plus grands obstacles à la solidarité féminine.

Nos parents et nos grands-parents nous ont enseigné une vision très stéréotypée des genres. Il nous incombe de ne pas commettre la même erreur avec les enfants des générations à venir en commençant par nous-mêmes.

RACONTE PAR CLAUDIA RAOBELINA

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