“Nous n’avons pas les mêmes opportunités mais au lieu d’en faire une fatalité, il faudrait donner à nos compatriotes cratophobes (pardonnez le néologisme) la place de citoyen qui leur revient de droit, et la responsabilité qui vient avec celle-ci…”

Les gouvernants et les gouvernés

Si je ne devais parler que de Madagascar, je dirais qu’elle est scindée en deux catégories : ceux qui agissent et ceux qui subissent. Ou du moins, c’est de cette façon qu’ils se voient. Le fait est que la grande majorité des malagasy a peur du pouvoir, même minime. Elle préfère volontiers la reléguer à cette minorité pleine d’assurance qui en fait ce qu’elle veut. Car qu’on se le dise, choisir entre la peste et le choléra entre deux mandats présidentiels, ce n’est pas là, ce que j’appellerais « avoir le pouvoir ». Ainsi, cette majorité se lave les mains des conséquences et n’a pour rôle que d’applaudir ou de critiquer des actes qu’elle « n’a pas commis ».

Derrière cette parodie de démocratie se cache, pourtant, tout un processus de ségrégation. Le rift entre les savants qui prêchent leurs idéaux et débattent de la socio-économie et les « vahoaka madinika », comme ils aiment se faire appeler, est  tout simplement immense. Lorsqu’on parle du développement de Madagascar, on utilise le jargon des érudits. Et par cet acte, la participation citoyenne est occultée à la grande majorité qui fuit les débats en costumes. C’est de là que naissent les complaintes des esprits frustrés et véritablement impuissants face au futur de leur propre pays.

Autonomiser tous les citoyens

Au final, la plupart des malagasy pensent n’avoir aucun pouvoir sur leur pays et ce qui est triste c’est que ça les arrange. Les malagasy voudraient se tourner les pouces en attendant un miracle, et en se plaignant tout le long, cherchant sans cesse un bouc émissaire. Il se trouve que certains seraient éduqués à être des leaders et d’autres, eh bien,  serviraient uniquement à remplir les urnes de bulletins de votes, si tant est qu’ils aillent voter.

chroniques du mercredi

Voter est à la fois un droit et une responsabilité citoyenne.
cc: Pixabay

Ce qui échappe à leur conscience, c’est justement cette notion de responsabilité citoyenne. On blâme le président lorsque le « petit peuple » s’entretue, le Bianco pour la corruption omniprésente et même la CUA pour la saleté de la ville. Comme si c’était la CUA qui crachait par terre et urinait contre les murs…

Nous n’avons pas les mêmes opportunités mais au lieu d’en faire une fatalité, il faudrait donner à nos compatriotes cratophobes (pardonnez le néologisme) la place de citoyen qui leur revient de droit, et la responsabilité qui vient avec celle-ci. Le développement de Madagascar part de ses 24 millions de citoyens et non d’un messie tombé du ciel (Oh Dieu, qu’il se fait prier !). Si chaque malagasy pouvait travailler pour son propre succès et celui de ses compatriotes, les plus privilégiés aidant les moins privilégiés qu’eux à s’émanciper de cette peur de l’autonomie, ce qui est sûr, c’est qu’on irait plus vite.

Des opportunités différentes

développement à Madagascar

La démocratie est le résultat de tout un engrainage.
cc: Pixabay

C’est vrai, chacun naît différent, grandit dans un milieu différent et est traité différemment. Je ne parle pas tant ici de personnalités que d’opportunités. Un homme qui a poursuivi ses études dans une grande école peut-il dire d’un autre, qui n’a connu qu’un petit bled reculé, qu’il est stupide ? De même, peut-on blâmer ces enfants qui mendient dans les rues de ne pas travailler pour leur pitance, alors que nous-mêmes, avons reçu gratuitement tout ce dont nous avions besoin de nos parents ? Le fait d’être pauvre leur enlève-t-il le droit de ne pas travailler ?

Non, bien sûr que non. Avant de sermonner les autres pour leur mode de vie, il faudrait d’abord essayer de se mettre à leur place, de comprendre en quoi ils diffèrent de soi. Non, pas d’excuses, bien sûr, mais des solutions plus cohérentes, une oreille plus indulgente et un cœur plus empathique. Car nous avons dans nos vies, des obstacles rocambolesques dont autrui, même avec l’imagination la plus extravagante, ne pourrait se douter.

RACONTE PAR CLAUDIA RAOBELINA


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