“Le pourquoi du comment”: cette expression, on l’utilise bien souvent. Et pourtant, il semblerait que l’appliquer soit une autre paire de manches. Accepter ce qui est dit est tellement plus facile, cependant refuser l’est tout autant.

A des moments différents, deux de mes connaissances (pour qui j’ai beaucoup d’estime) viennent à demander l’ordre de la taille des vêtements. Celui-ci étant bien sûr: XS, S, M, L, XL…
Tandis que l’ une essaie de s’en souvenir, l’autre fait mieux. Celle-ci le note tout bonnement dans un calepin. Et elle a bien raison. Après tout, ces lettres n’ont tellement absolument aucun rapport entre elles que le meilleur moyen de s’en souvenir est de les apprendre par coeur.

A ces deux reprises, un sentiment me démange et m’envahit. Une question me brûle les lèvres. Alors qu’elles sont encore absorbées dans leur processus de mémorisation bien rôdé, l’envie me prends de les interrompre et d’attirer leur attention ailleurs. C’est à cet instant que j’ai envie de leur poser une question toute simple: “Mais ça vous intéresse pas de savoir pourquoi?”

pourquoi

L’ordre de la taille des vêtements: XS, S, M, L, XL.
cc: Pixabay


L’explication qui s’en suivrait prendrait une demi-minute. Et tout d’un coup, au diable les calepins et les trous de mémoire. Tout d’un coup, nous voilà au même niveau que ceux qui créent les conventions, ces mystérieux maîtres de nos destins. Tout d’un coup, notre perception sur les T-shirts se trouve changée à jamais. Et quelle coincidence! Car c’est exactement la connaissance dont nous avions besoin pour dormir moins bête cette nuit.

Standard, ça sonne bien, n’est-ce pas? Ça sonne règlementaire, ça sonne approuvé, ça sonne professionel, même. On jurerait que c’est le chemin tout tracé vers le succès. Tout faire comme il faut, parce que c’est la règle, la procédure, la société qui le veut, suivre le courant parce que “tsy adala ny olona matoa…“(1) dans un désir de plaire et d’être accepté, dans tous les sens du terme.

On en oublierait presque qu’on a encore un cerveau. Mieux encore, qu’on peut l’utiliser. Mais encore faut-il savoir faire la distinction.

pourquoi

Savoir faire la différence est une faculté psychologique de l’être humain.
cc: Pixabay

S’il existe toute une population de valideurs et de suiveurs, (alias “le gentil bétail”) beaucoup d’autres veulent se rebéller en quête de ce sentiment de liberté suffocant et frustré (alias “le méchant bétail”). Pour ce faire, ils bravent toutes les interdictions, quitte à vandaliser les lois et à brûler constitutions et pneus de voiture d’un même feu.

Et que l’on ne me méprenne pas (dis-je, en sentant que je viens tout juste de faire scandale). Suivre les lois c’est “bien”, les briser est même “mieux”, lorsque cela s’avère nécessaire. Il n’y a pas de parti pris en faveur du dogme ou de l’hérésie. Car la boussole du bon sens indiquera toujours le Nord, parfois on va déjà dans la bonne direction et parfois il faut faire demi-tour. Dans tous les cas, il faudrait penser à arrêter la ruée vers l’incompris et se décider à comprendre la carte d’abord, avant de la suivre ou de la déchirer.

La connaissance est juste là, à portée de main, si tant est qu’elle est accessible. Si certains fouillent avec acharnement dans les replis les plus sombres de sa robe, animés par la soif, non d’apprendre mais de comprendre; d’autre s’exclament “Non, merci” lorsqu’elle leur tend sur un plateau le plus modeste de leurs droits. Faute de savoir, il s’ensuit que la seule réponse que notre intellect puisse formuler, à quelque requête que ce soit, reste binaire. “Oui” ou “Non”, sans autre forme de procès. Ces deux-là sont les plus faciles, d’oú le choix très tentant auquel nous succombons trop souvent. Un choix logique, car comme on s’accorde à le dire, le Malagasy est un éternel partisan du moindre effort.

La connaissance est juste là, à portée de main. Il nous incombe de la saisir, car être ignorant n’est pas un péché, c’est choisir de le demeurer qui en est un.

RACONTE PAR CLAUDIA RAOBELINA
 (1)“tsy adala ny olona matoa…: expression malagasy qui signifie “les gens ne sont pas cons. Il y a une raison s’ils font ceci ou cela”.


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