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Le plagiat, un sport national

Copier est une pratique quotidienne et commune à Madagascar, si commune que les Malgaches ont tendance à en oublier les bonnes manières. Et cela, au point qu’on en viendrait à qualifier le plagiat de sport national.

Copier c’est voler

Je m’explique: plagier, pour faire simple, c’est faire passer l’œuvre ou l’idée d’un autre, en totalité ou en partie, pour la sienne propre. Par cet acte, le plagiaire s’attribue illégitimement les mérites qui reviennent à autrui. Le plagiat, c’est la copie grossière sans accréditer l’auteur véritable. Il revêt des formes diverses et probablement méconnues de beaucoup d’entre nous. Mais cette ignorance n’en est pas moins illégale.

Des bancs d’école aux bureaux, en passant par les réseaux sociaux, sans oublier le show-business, et même en politique, le copier-coller est partout. Une citation tellement inspirante qu’on “omet” d’en donner l’auteur pour faire croire qu’on l’a soi-même inventée, un film ou un livre si original qu’on en remet en scène le scénario dans ses propres productions, une photo prise sur le net et utilisée à l’insu de l’auteur qui l’avait pourtant mise sous « copyright », un innocent petit paragraphe de rien du tout appartenant à l’allocution d’un autre président, qu’on aurait  immiscé discrètement dans son discours d’investiture, autant d’actes journaliers et inconscients qui font de nous des voleurs invétérés.

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Utiliser un élément “Public Domain” n’est pas passible de sanction, contrairement aux éléments avec “copyright“.
cc: Pixabay

Ainsi, le plagiat devient l’une des pratiques les plus communes à Madagascar au même titre que le piratage, commercial ou non, et les pots-de-vin.

Sanctions pénales

La bonne nouvelle, c’est qu’on ne risque rien, nada ! La contrefaçon « vita gasy » est peinarde. Pas parce que c’est autorisé, loin de là, mais parce que  les auteurs ne risquent pas de nous poursuivre.

Le Code de la Propriété Intellectuelle est pourtant clair. Mais qu’est-ce que Sam Smith en a à faire qu’un petit chanteur Malgache plagie sans vergogne le clip de “I’m not the only one”?

Ailleurs, ils utilisent des logiciels pour détecter si les élèves auraient fait usage de textes pris sur internet dans la rédaction de leurs devoirs. Cela a pour but de faire prendre conscience, dès le plus jeune âge, que copier, c’est mal. Et cela, même s’ils essaient de paraphraser les textes originaux pour brouiller les pistes.

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Shakira a été accusée de plagiat pour son titre “Loca”.
cc: Youtube

Tout acte présumé de plagiat est poursuivi en justice, même chez les artistes les plus célèbres tels que Shakira pour “Loca” ou Robin Thicke et Pharell Williams pour “Blurred lines”. Et pourtant, à entendre ces chansons, on n’arriverait pas à imaginer ce qu’ils auraient bien pu copier. Et on serait même tenté de dire que quoi que cela ait pu être, les copies sont certainement meilleures que leurs supposées originales.

Le plagiat est un délit hautement contrôlé, un délit dont il est parfois difficile de percevoir les frontières. Cet acte peut, selon sa gravité, être sanctionné d’une amende particulièrement onéreuse et est passible jusqu’à 5 ans de prison. Le plus important est de toujours faire de son mieux pour que l’inspiration ne se transforme pas en imitation. Par respect pour nous-mêmes, nous n’avons pas à attendre d’être punis pour suivre le chemin de la droiture.

Problème d’identité

Si nous remontons aux sources du problème, ce n’est pas tant le plagiat qui est à proscrire du quotidien des Malgaches mais le copier-coller en général. C’est l’imitation qui est devenue notre culture, si cette appellation n’en est pas un oxymore. Nous avons un problème d’identité, ce qui nous pousse à calquer sur celle des autres.

Il nous semble, à nous, que toutes les bonnes idées sont déjà prises et que nous n’avons d’autre choix que de les recycler. Nous voulons tout faire comme les autres pays dans l’espoir de leur ressembler un jour. Nous voulons devenir les copies-collées d’une nation, d’une personne, d’une formule qui a déjà fonctionné. Nous oublions qui nous sommes, en quoi nous différons des autres et de clamer cette différence. Nos spécificités tendent à nous faire honte.

Pour susciter l’admiration, il faut d’abord aimer ce que l’on est. Ce n’est pas aux américains d’apprendre notre langue pour nous montrer, à nous, que nous devrions l’aimer. La mondialisation, au lieu d’être un obstacle, devrait nous servir d’outil pour faire briller notre culture.

Nous sommes uniques, nous sommes originaux, nous sommes la formule qui marche, que tout le monde  voudra imiter demain. Mais pour que cela se produise, il faut oser la différence.

RACONTE PAR CLAUDIA RAOBELINA
N.B: Toutes les photos de cet article sont des photos libres de droit.

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