La société civile réitère sa ferme opposition à la mise en œuvre de l’accord-cadre d’investissement dans les secteurs de la pêche et de l’ « économie bleue », signée en septembre dernier.

L’ADMP non convaincant

On se croirait dans un mauvais film ! Le 1er octobre 2018, 25 organisations de la société civile (OSC) avaient publié un communiqué conjoint s’opposant à la signature d’un accord-cadre d’investissement de 2,7 milliards de dollars dans les secteurs de la pêche et de « l’économie bleue ». Un accord signé le 5 septembre 2018 à Pékin, entre l’Agence malagasy pour le développement économique et la promotion d’entreprises (AMDP) et le consortium d’investisseurs chinois Taihe Century Investments Developments Co. Ltd.

Suite à cela, des échanges ont été effectués entre l’ADMP et les représentants des OSC. Ainsi, le 30 octobre 2018, l’AMDP, l’OSC et des représentants de communautés de pêcheurs ont tenu une table-ronde pour discuter du contenu, du bien-fondé et de la transparence de l’accord-cadre et clarifier les conditions de sa signature.

Malheureusement, la dernière table-ronde n’a pas été convaincante et la société civile a souligné plusieurs points évoquant le manque de transparence de la signature du contrat de pêche.

L’inaccessibilité à des documents d’intérêt public, le manque de consultations et d’expertise de  l’ADMP et la création du consortium laissent planer le doute sur les réels bien-fondés de cet accord qui, rappelons-le, s’élève à 2,7 milliards USD, soit environ 8 640 milliards d’Ariary, sur 10 ans.

L’investissement d’une telle somme dans les secteurs de la pêche et de l’économie bleue demeure par ailleurs assez importante et mérite que l’on expose les réelles conditions de réalisation du projet.

« De ces échanges, nous retenons les points suivants :

? L’AMDP est une association de droit malagasy, régie par l’ordonnance N°60-133 du 3 octobre 1960 ;

? L’AMDP invoque le secret des affaires pour justifier de ne pas rendre public l’accord-cadre signé avec la société Taihe Century Investments Developments Co. Ltd. ;

? L’AMDP admet ne posséder aucune compétence spécifique dans le domaine de la pêche et de l’économie bleue, ce qui rend l’absence de consultations des acteurs du secteur avant la signature de l’accord-cadre extrêmement problématique au vu de l’impact considérable que ce projet pourrait avoir sur les ressources halieutiques du pays et la filière pêche dans son ensemble ;

? L’AMDP aurait effectué des « études préliminaires » avant la signature de l’accord-cadre mais refuse de les communiquer en invoquant le fait que ces documents sont confidentiels ; les seules estimations d’impact fournies par l’AMDP étant d’ordre économique, nous n’avons aucune assurance que les impacts environnementaux et sociaux de ce projet aient été dûment considérés ;

? Le consortium Taihe Century Investments Developments Co. Ltd. a été créé spécifiquement pour la mise en oeuvre de cet accord-cadre et serait composé de sept sociétés chinoises dont l’AMDP a refusé de communiquer les noms sous prétexte du secret des affaires. Ne connaissant absolument rien de ces sociétés, il est impossible d’affirmer de manière indépendante si celles-ci sont compétentes pour mener à bien un projet de cette envergure. »

Tels sont les propos recueillis du communiqué de presse signé par les organisations de la société civile.

contratt de pêche avec les Chinois

La pêche à Madagascar est un secteur qui représente un énorme potentiel économique.
cc: Pixabay

Ferme opposition de la société civile

Ces échanges laissant perplexe, la société civile a ainsi déclaré qu’à ce jour, elle doute toujours du bien-fondé du projet et n’est toujouts pas convaincue que celui-ci présente de réelles opportunités économiques pour les pêcheurs malagasy et pour le pays en général.

« Par conséquent, nous réitérons unanimement notre opposition ferme à la mise en oeuvre de cet accord-cadre », souligne le communiqué de presse.

Interpellation

Les organisations de la société civile interpellent également les autres organisations et la population dans son ensemble à rester vigilant à la suite de l’affaire, à s’impliquer et à s’informer sur l’évolution de ce projet.

« Nous appelons par ailleurs les autorités compétentes à prendre clairement position sur cet accord et à utiliser leurs prérogatives pour protéger la population, l’environnement et l’économie de Madagascar des conséquences néfastes que la réalisation d’un tel projet pourrait engendrer », lance le communiqué.

Malgré des promesses sur des retombées économiques fructueuses, l’opacité de cet accord-cadre et les réelles intentions des partis signataires du contrat est inacceptable. D’autre part, l’impact environnemental, social et culturel de ce contrat est à analyser de près.

A propos de l’accord-cadre

L’accord-cadre a été signé avec le consortium « Taihe Century Investments Developments Co. Ltd », dans le cadre du 7eme Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC 2018). Il prévoit la création d’au moins 10 000 emplois directs à Madagascar dans les trois prochaines années.

Une première phase de trois ans doit démarrer avant la fin de l’année 2018, avec la création de plusieurs entreprises représentant un premier investissement de 700 millions de dollars.

Une flotte de 330 navires est prévue sur la première société de pêche côtière, représentant 3 600 emplois directs à court terme.

Tiasy


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

%d bloggers like this: