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Parler anglais à Madagascar, une nouvelle mutation socio-linguistique

Après des décennies de francophonie tantôt prisée, tantôt méprisée, les Malagasy semblent se convertir à une nouvelle mode sociolinguistique. Plus qu’une mode, celle-ci est une véritable transformation au sein de la société. Oui, les Malagasy sont en voie de briser une nouvelle barrière linguistique, l’anglais.

Parler anglais à Madagascar

J’ai, depuis toujours, aimé la langue de Shakespeare. Si mon intérêt pour elle était constant mais peu exploité, il s’est réveillé du jour au lendemain tel un volcan engourdi qui a fini par exploser. Je l’utilisais et cherchais à l’utiliser dans toutes les occasions. Surprise ! Je n’étais pas la seule, loin de là. Autour de moi, des jeunes, des centaines de jeunes comme pris d’une fascination collective pour cette langue dont souvent les gens ne gardaient pour souvenir que leur professeur de lycée, qu’il soit bon ou mauvais…

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“Spelling” ou “épellation”, que l’on étudie à l’école primaire pour écrire et épeller un nom correctement.
cc: Pixabay

Partout où je vais, ils s’initient, ils s’instruisent, ils se perfectionnent. Parler anglais à Madagascar est devenu un fait quotidien. Si les réseaux sociaux et Internet participent quotidiennement à conditionner les jeunes Malagasy à comprendre la langue anglaise, les agents de l’éducation, non plus, ne chôment pas. Quelque soit la mention choisie à l’Université, il est fort à parier que vous ne serez pas dispensé d’anglais. On l’a même intégré  comme module obligatoire à l’Ecole  Supérieure Polytechnique. On inscrit ses enfants à des cours intensifs, extensifs, improvisés. Des clubs et des cours particuliers sont érigés ici et là. Le marché de l’emploi commence à en exiger la maîtrise, se faisant toujours plus insistant. Plus qu’un intérêt collectif, c’est un véritable phénomène social.

Dans ma quête toute fraîche de ces fameux Malagasy anglophones, je l’avoue, par le désir de connaître leur niveau, j’ai infiltré différents clubs d’expression anglaise. Et voilà, le verdict est tombé. Mes yeux et mes oreilles étaient en total désaccord. Devant moi, chacun de leurs traits trahissait la certitude qu’ils étaient Malagasy. C’était une américaine, un britannique, un écossais que mes oreilles auraient jurées avoir entendu. Nos compatriotes sont plein de ressources.

Qu’ils aient durement étudié à la Faculté des Lettres, qu’ils aient sacrifié leur temps et leur argent à suivre des cours intensifs ou qu’ils aient appris par eux-mêmes, chez eux, par passion, parfois par manque de moyens ; ils sont excellents. Et beaucoup d’entre eux sont plus jeunes que vous et moi.

Mutation socio-linguistique

Nous commençons à nous élargir au monde, loin de nous contenter de la simple communauté francophone. Nous assistons à une véritable mutation socio-linguistique. Cette évolution surprenante n’a pas un impact purement social. Si une petite fenêtre s’est ouverte, celle-ci n’a de cesse de s’agrandir. Des horizons économiques, culturels voire politiques se présentent à nous sous forme de découvertes et d’échanges. Une vision positive et solidaire peut naître de ces échanges, transformant la tristement célèbre xénophobie Malagasy en philanthropie internationale.

L’anglais, l’allemand, l’espagnol, en passant par le japonais ; les Malagasy sont pourvus d’un véritable génie linguistique. Un accent ? Quel accent ? Cette faculté d’adaptation phénoménale, beaucoup nous l’envient. Et nous devons l’explorer au maximum.

Complexe d’infériorité

parler anglais à Madagascar
Le monde est à porter de main si l’on sait comment s’y connecter.
cc: Pixabay

Nous sommes un peuple doté d’une intelligence curieusement élevée sur une île curieusement riche en ressources mais nous ne rêvons pas assez grand. Nous restons emprisonnés dans ce complexe d’infériorité qui nous donne pour ambition de travailler pour les “Vazaha” ou de les chasser de notre beau pays. Mais nous pouvons travailler avec eux, et pourquoi pas les faire travailler pour nous. Aussi, serait-il temps de nous défaire de cette peur irrationnelle née du traumatisme post-colonial.

Il existe une véritable pléthore d’opportunités qui nous tendent les bras. Toutes nous passent sous le nez, faute de ne pas parler une langue. Nous devons chérir notre langue maternelle, pour sa beauté et ce sentiment unique d’appartenance qu’elle nous fait éprouver. Il nous incombe de la parler correctement et de l’approfondir afin d’inspirer, chez les autres, un intérêt et un véritable amour pour notre belle culture ; ainsi que du respect pour notre peuple. Mais prouvons au monde que même si nous vivons sur une île, nous pouvons bâtir des ponts pour nous connecter à lui.

RACONTE PAR CLAUDIA RAOBELINA

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