Les étrangers surnomment Madagascar « le pays du mora mora ». Moramora, ils associent notre île à un havre de paix, à un pays où le temps semble s’arrêter, surtout dans les villages. Dans les villages, oui, les bouviers se prélassent à l’ombre pendant que le troupeau broute calmement dans la prairie. Dans la prairie, juste à côté, les jeunes filles lavent leur linge en toute quiétude au bord de la rivière. La rivière, elle coule presque sans agitation pour arriver au long fleuve tranquille se versant dans la mer. La mer nourrit les pêcheurs qui avaient l’habitude de pêcher avec plaisir pour leur famille ou leur village auparavant.

Mais cela, c’était avant puisque maintenant, la pêche est devenue une survie. Depuis la dernière décennie, ils doivent naviguer très loin de la côte pour attraper quelques poissons. En effet, les gros chalutiers ont fait disparaître les poissons à cause de la pêche industrielle. Cela me rappelle la parabole du pêcheur, une véritable leçon de vie.

Un pêcheur lançant son filet
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La parabole du pêcheur

L’histoire se déroule sur une plage du Mexique, où Mickael, un riche banquier Américain fait la connaissance de Pedro, un petit pêcheur Mexicain. Le premier est en train de se promener pied nu sur le sable profitant de ses vacances chères payées, loin de la vie stressante de New York. Quant au deuxième, il vient d’accoster sa barque après sa quête journalière au milieu de l’océan. Curieux et à l’affût des opportunités comme il est, Mickael aborde Pedro et complimente la qualité de sa pêche. Le banquier n’oublie surtout pas de demander combien de temps le pêcheur a dépensé pour capturer ces thons.  

  • Pas très longtemps ! Répond Pedro.
  • Et pourquoi n’êtes vous pas resté en mer plus longtemps pour attraper plus de thons ? Continue Mickael.
  • Cette quantité suffit à nourrir ma famille. D’ailleurs, il nous reste quelques-uns à vendre pour gagner de l’argent ! Retorque Pedro tout fier.
  • Mais que faites-vous le reste du temps alors ? Demanda Mickael perplexe.
  • Eh bien, je fais de la grasse matinée, je prends le petit déjeuner avec ma famille, je joue avec mes enfants, je pêche un peu, je fais la sieste, je me baigne avec ma femme et mes enfants et le soir nous faisons un feu de camp avec des amis. Bref, j’ai une vie bien remplie !
  • Ecoutez, j’ai un MBA de l’université de Harvard et je suis banquier. Je peux vous aider à devenir riche. Mais vous devriez d’abord commencer par rester plus longtemps en mer pour capturer davantage de poissons. Ensuite, avec les bénéfices vous pourrez acheter un plus gros bateau et des matériels. Du coup, vous ferez plus de pêche et gagnez plus d’argent. Ce qui vous permettra d’acheter d’autres bateaux jusqu’à avoir votre flotte de chalutiers. Puisque vous avez des poissons en grande quantité, vous pourrez négocier directement auprès des grands restaurants ou même des usines. Ou vous pourrez même avoir votre propre usine et devenir le patron de la pêche ici. Ensuite, vous pourrez quitter ce petit village et allez vivre à Mexico, à Los Angeles ou à New York, où vous voulez ! Vous dirigerez votre multinationale, vous mènerez une vie de luxe ! Suggère le banquier avec tout l’enthousiasme du monde. Il avait même des étoiles dans les yeux en imaginant le success story du pêcheur.
Un bateau de pêche bleu
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Il faudrait savoir ce que l’on veut !

Face à une proposition aussi alléchante, Pedro aurait dû saisir l’opportunité sans hésiter. Cependant, avec un sourire non convaincu, il posa une question à Mickael.

  • Combien de temps cela va-t-il prendre ?
  • Environ 15 à 20 ans !
  • Et après ?
  • Et après, tenez-vous bien ! C’est là que ça devient intéressant ! Vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez plus d’argent. Vous serez un milliardaire ! Répond Mickael en riant.
  • De l’argent ? Milliardaire ? Pour quoi faire ? Demande Pedro en pliant son front et en grattant ses cheveux.
  • Avec de l’argent, vous pourrez enfin aller en vacances ou même vivre dans un petit village tranquille sur la côte mexicaine. Vous vous réveillerez à l’heure que vous voulez, vous ferez de la sieste, vous passerez du temps avec votre famille, vous vous baignerez dans l’eau limpide de jour comme de nuit et vous passez des soirées festives avec vos amis !
parabole du pêcheur
Pêcher tranquillement au coucher du soleil
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En gros, pour le petit pêcheur, il s’agit de faire tout ce chemin pour revenir à la case de départ. Le banquier l’invite à quitter sa vie moramora pour un quotidien stressant. Il doit sacrifier sa vie de famille et sa vie sociale pour se faire de l’argent et encore plus d’argent. Et le côté industrialisation ? L’Occident n’était-il pas passé par là pour revenir maintenant sur les produits bios et la mode de vie écologique ? Bref, je disais juste, moramora c’est bien !

Ando Nantenaina


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