A Madagascar, en 2017, c’est toujours l’article 317 du Code pénal français de 1810 qui régit l’avortement. Actuellement, face aux chiffres alarmants sur la mort liée aux avortements clandestins dans la Grande île, le CNFM  pose la question : faut-il décriminaliser l’avortement provoqué ?

English version avalaible on http://www.booknewsmada.com/2017/09/29/madagascar-induced-abortion/

 Avortement clandestin : plus de la moitié des femmes malagasy l’ont fait

La plupart des femmes vivant dans la société malagasy ne le diront jamais tout haut. Oui. La femme qui habite près de chez moi ou chez vous a 50% de chance d’avoir déjà avorté. L’avortement clandestin à Madagascar est monnaie courante.

« 53,5% des jeunes femmes entre 15 et 24 ans en milieu urbain ont répondu qu’elles avaient fait au moins un avortement pour l’année 2007 », selon les études de l’Institut National de Santé Publique et Communautaire (INSPC) en 2013 intitulé « Interruption volontaire des grossesses clandestines ».

Cela n’est pas un cas particulier car environ 50% des femmes dans la quarantaine ont déclaré avoir recours au moins une fois à l’avortement avant l’âge de 25 ans. Et d’ailleurs, beaucoup d’adolescentes avortent dans la Grande île, dont 17% avant l’âge de 17 ans de manière volontaire ou suite à des contraintes d’ordre social, religieux et s’ensuit psychologique. En effet, avoir un enfant avant le mariage est très mal considéré par la société malagasy. La communauté classera automatiquement toute

Un bébé devrait être un cadeau et non un fardeau.

femme enceinte avant le mariage de « maditra » (1) et donc, non respectable. S’ensuit la possibilité de se faire quitter par le partenaire, de se faire virée de l’église ou reniée par la famille, et autres conséquences sociales insoutenables. C’est pourquoi plusieurs femmes choisissent l’avortement comme une solution. Un avortement clandestin car la loi malagasy pénalise cette action, qui est passible de sanction sévère pour la femme, le médecin et tout autre proche de près ou de loin ayant contribué à cette action.  La loi exige une peine, allant de 6 mois à 10 ans, suivant leurs responsabilités. Bien que dans les faits, la condamnation est presque inexistante.  Mais la femme qui a subi l’opération chirurgicale peut déjà être condamnée à des traumatismes psychologiques ou physiques.

Conséquences fatales

Outre les conséquences psychologiques et physiques, l’avortement avec complications peut entraîner une hémorragie, la stérilité, le cancer du col de l’utérus, une complication après l’intervention peut entrainer la mort. En effet, on estime à 575 le nombre de femmes malgaches qui meurent chaque année des complications de l’avortement, selon le communiqué de presse du Conseil National des Femmes de Madagascar ou CNFM.  Face à ces conséquences fatales, les instances internationales des droits de l’Homme recommandent la décriminalisation de l’avortement provoqué. Le Comité des Droits de l’Homme a examiné le rapport de Madagascar en juillet dernier à Genève.

Décriminaliser l’avortement provoqué?

Une séance d’hommage à Simone Veil a été co-organisée par la Mention Etudes Anglophones de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, qui a inauguré en 2012 un Master en ‘Genre, Culture et Société’, et le CNFM, plateforme d’organisations oeuvrant pour l’égalité hommes-femmes et les droits des femmes. C’était mercredi dernier à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université d’Antananarivo. La séance d’hommage a eu pour thème : « Simone Veil et la condition des femmes : quelle inspiration pour Madagascar ? ».

« Petit rappel historique : en 1975 Madame Simone Veil, alors ministre française de la Santé, est entrée dans l’histoire de la France moderne lorsque l’Assemblée Nationale a finalement adopté le projet de loi qu’elle a présenté, libéralisant la contraception et l’interruption volontaire de grossesse. Cette dernière était considérée comme un crime dans le Code pénal de 1810, tandis qu’une loi de 1920 réprimait la « propagande anticonceptionnelle », dans le souci de repeupler la France après les millions de morts de la Première Guerre mondiale. Cinquante ans après, le contexte avait considérablement changé. Malgré l’opposition de la majorité des députés conservateurs, la loi Veil est passée, et depuis les Françaises ont pu choisir d’avoir un enfant si elles le veulent et quand elles le veulent ». (CNFM)

« Pourtant, ce n’est pas seulement le droit de choisir qui est en jeu, c’est le droit à la vie », souligne le CNFM. C’est ainsi que la question se pose : faut-il décriminaliser ou non l’avortement provoqué ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

Tiasy

(1)maditra: mot malagasy qui signifie à la fois “désobéissant, insolent, qui ne respecte pas les parents et les aînés”


4 Comments

La « possible « dépénalisation de l’avortement à Madagascar bouleverse la bienséance - Tiasy "Pourquoi tu ne suis pas les rangs comme tout le monde?" · February 16, 2018 at 11:29 am

[…] « Cela n’est pas un cas particulier car environ 50% des femmes dans la quarantaine ont déclaré avoir recours au moins une fois à l’avortement avant l’âge de 25 ans », lit-on dans la presse locale malagasy. […]

Près de 575 décès par an dus aux avortements à Madagascar · February 16, 2018 at 12:00 pm

[…] Des études de l’Institut national de santé publique et communautaire (INSPC) en 2013 intitulé « Interruption volontaire des grossesses clandestines » ont aussi démontré que 53,5% des jeunes femmes entre 15 et 24 ans en milieu urbain avaient fait au moins un avortement pour l’année 2007, à Madagascar. Cela n’est pas un cas particulier car environ 50% des femmes dans la quarantaine ont déclaré avoir recours au moins une fois à l’avortement avant l’âge de 25 ans, a-t-on appris dernièrement. […]

In Madagascar, "three women die every day from an abortion" - Newsy List · September 2, 2019 at 2:56 pm

[…] It supports 20,000 victims of complications, who are hospitalized each year, often too late. The majority of those who survive are between 15 and 25 years old. Many of them can no longer have […]

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

%d bloggers like this: