Face à la grève actuelle, trois idéologies se distinguent dans la société – enfin, d’après ce que j’ai pu observer : le populisme, le fatalisme et le « Facebookisme ».

Petit résumé de la situation

Une nouvelle grève a éclaté à Antananarivo, Capitale de Madagascar, le 21 avril. Une grève entraînée par l’interdiction des autorités à ce que les députés fassent un rapport suite au vote des lois électorales à l’Assemblée nationale. Ce vote qui a été la goutte d’eau ayant fait débordé le vase, et qui a radicalement divisé les députés en deux : les partisans du pouvoir et les opposants.

L’intervention des députés de l’opposition sur la place du 13 mai le 21 avril a ainsi été interdite. Les Forces de l’ordre ont encerclé Analakely de bon matin. La population, venue en masse pour écouter le rapport des députés, a voulu investir la place. La situation a vite tourné au vinaigre : les bombes lacrymogènes ont explosées, plusieurs personnes ont été blessées et quatre personnes sont mortes.

Depuis, la grève continue à Analakely, menée par les députés.

Populisme

Le principe des meneurs de grève à Madagascar demeure le même, et cela depuis la nuit des temps : faire un discours politique fondé sur la critique du système et de ses représentants, s’adressant en priorité à  la masse populaire. Un populisme extrême que les meneurs de grève jugent performant, utile et efficace.

Si le discours peut être efficace et convaincant, celui-ci est une arme à double tranchante. Il peut être intéressant dans la mesure où les revendications du peuple sont REELLEMENT les moteurs de la lutte, où les porteurs de parole sont les « hommes du peuple » et non des hommes issus d’une classe sociale « supérieure », comme on dit, et qui utilise le peuple plus pour assouvir sa soif que la sienne. Il peut aussi mener à une crise encore plus grave si, au final, les meneurs de grève ne se retournent que vers leurs intérêts personnels, une fois au pouvoir. Rappelons que le but ultime du mouvement est la prise du pouvoir.

A Madagascar, les meneurs de grève ont fâcheuse tendance à utiliser le peuple pour arriver au pouvoir. L’histoire-même l’a prouvé. Seulement, leur discours touche une certaine évidence, et la masse populaire s’unit à cette évidence. Cette union qui peut être un moyen de pression pour le pouvoir en place actuel, qui doit, qu’il le veuille ou non, comprendre que le système actuel ne convient plus à la population, et que des changements doivent se faire.

grève à madagascar

La grève est menée par les députés pour le changement.
cc: Book News Madagascar

Mais pourtant, jusqu’à lors, aucune décision de la part du gouvernement ne semble vraiment convaincre. Le peuple s’impatiente, et même si une partie de la population ne souhaite pas replonger dans une crise sans fin comme ce fut le cas en 2009, elle n’est pas non plus aveugle et souhaite le changement.

Enfin, la plupart…

Fatalisme

Une bonne partie de la population malagasy a versé dans le fatalisme. Et non, je ne dis pas n’importe quoi, c’est un fait que je vois tous les jours et c’est d’ailleurs le principal moteur qui me pousse à écrire sur la politique.

Le fatalisme, doctrine selon laquelle le monde dans son ensemble, l’existence humaine et le cours des événements sont destinés à suivre une voie toute tracée, aucune déviance n’est possible.

Pour certains malagasy, c’est Madagascar qui est destiné à suivre cette voie : celle de la pauvreté, d’un système politique corrompu et instable, d’un système économique fragile, d’une dépendance infinie aux aides financières extérieures.

Pour eux, aucun espoir n’existe pour la Grande île. Pas la peine de voter, pas la peine de faire la grève, pas la peine de manifester pour n’importe quelle raison que ce soit, pas la peine de s’exprimer, même pas la peine de discuter.

Vivre sa vie au jour le jour car le pays est foutu.

grève à Madagascar

Entre la guerre de sang et la guerre virtuelle, laquelle aurait le plus d’impact?

Dans tout ce désespoir, tout amour du prochain, tout amour de la patrie, a disparu. La seule personne qui compte à l’heure présente pour ces personnes, c’est elle-même. Une bien triste façon de penser, car j’imagine que personne n’est fataliste dès sa naissance. Et entre fatalisme et populisme, si je devais choisir, je pense que j’opterai pour le second, car au moins j’aurais fait quelque chose pour essayer de contribuer à changer les choses, quand bien même cela n’aura servi à rien.

J’aurais fait de VRAIES ACTIONS, je veux dire, car il y a aussi le « Facebookisme ».

« Facebookisme »

Le « Facebookisme ». Ce mot je l’ai inventé, suite à mes observations depuis quelques temps sur le réseau social Facebook. C’est quoi ? Eh bien, à mon idée, c’est une idéologie selon laquelle les utilisateurs de Facebook pensent que tout ce qu’ils disent sur ce réseau social contribue à changer la réalité sur terrain, et qu’il suffit de publier un statut pour changer la donne.

De toutes les trois idéologies que j’ai énumérées ci-dessus, cette dernière est celle que je déteste le plus. Pourquoi ? Tout simplement parce que publier un statut sur Facebook ne fait pas partie des mouvements citoyens, je suis désolée. Un mouvement hashtag, peut-être, car il s’agit d’une chaîne. Mais un statut sans hashtag, bien inspiré, bien long, même vu par 2 000 amis, je suis désolée mais ça ne change rien. Le statut, déjà, il n’est pas sûr qu’il soit vu par tours les Facebookers, même avec 1 000 partages. Il pourrait faire le buzz, mais il sera oublié après quatre jours. Il pourrait réunir des milliers de commentaires, être publié en sept langues différentes, et non ! Je ne pense pas que le Facebookisme soit une solution aux problèmes de la société.

L’exemple est simple. C’est comme marmonner chaque jour dans son coin et ne jamais lever la main quand finalement on vous donne la parole. Marmonner, ah oui, le grand talent des malagasy.

Quelque part, je me dis que nous sommes le champion du « fimenomenomana » (1). Oui, nous marmonnons sur tout et rien, partout ! Dans les rues, dans les bus, dans les salons de coiffure, sur Facebook, mais on ne fait jamais rien.

On n’est pas obligés de faire la grève, ou de devenir fataliste, mais au moins, faites quelque chose : entrez dans des associations, organisez des conférences, enseignez vos proches et vos enfants, ne jetez pas les ordures dans la poubelle… Je ne sais pas ! Faites quelques chose ! S’il vous plaît, faites quelque chose !

RACONTE PAR TIASY
(1)  “fimenomenomana”: Action de marmonner


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