L’exploitation à grande échelle de trois grands sites miniers mesurant en tout 6 000 hectares pour l’extraction d’ilménite par la société Rio Tinto QMM a entraîné une dévastation de la biodiversité, notamment des forêts, dans la ville de Fort-Dauphin. Aussi, les feux de brousse et la coupe illicite du bois continuent à faire des ravages dans la contrée. Face à cela, les dirigeants de la filiale et la communauté locale ont décidé de relever le défi de réhabiliter la forêt de la région Anosy, actuellement dégradé à près de 80%.

Les obstacles auxquels font face la région Anosy dans la réhabilitation des forêts

réhabilitation forestière

L’exploitation à grande échelle pour l’extraction d’ilménite par la société Rio Tinto QMM a entraîné une dévastation de la biodiversité, notamment des forêts, dans la ville de Fort-Dauphin.
cc: Book News Madagascar

Comme plusieurs régions de Madagascar, la région Anosy fait face à la dégradation forestière. En effet, depuis 20 ans, la forêt de cette région, notamment celle dans la contrée de Fort-Dauphin, dans le Sud-Est de l’île, ne fait plus que 20% de sa taille initiale.

Les raisons de cette dégradation sont nombreuses. Les principales causes à cela demeurent les feux de brousse et la coupe illicite du bois, comme l’ont expliqué eux-mêmes les autorités à Fort-Dauphin. Si la coupe illicite du bois est surtout due à la fabrication du charbon de bois, les feux de brousse, eux, sont dus au « tavy », et parfois à la simple envie de brûler d’un pyromane. Ces faits se sont aggravés durant les 20 dernières années, ont rapporté les autorités.

Parallèlement, suite à l’arrivée de la Rio Tinto QIT Madagascar Minerals (QMM) en 1986 et au début de la construction du site en 2006, une partie encore intacte de la forêt de la région Anosy a dû être défrichée.

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La forêt de l’Anosy.
cc: Book News Madagascar

6,5% de la forêt littorale de Madagascar était localisé sur le gisement, a expliqué les responsables au sein de la QMM. Un-quart de cette forêt a donc été défriché, tandis que le trois-quart a été conservé.

Malgré cela, la forêt de Fort-Dauphin a connu une dégradation importante. Si aucune action n’est entreprise, celle-ci pourrait finir par disparaître dans les 30-40 ans à venir. Les autorités, les entreprises, les associations et sociétés civiles ont donc décidé de mener chacun des actions pour conserver et réhabiliter la forêt. Pour la QMM, il s’agit de procéder à une restauration écologique, en mettant en place un procédé de croissance rapide de la végétation.

Restauration écologique et croissance rapide

Selon l’étude d’impact environnemental déposé au sein de l’Office national de l’environnement (ONE) en 2001, la Rio Tinto QMM est disposé à exploiter trois sites miniers : Mandena, Sainte-Luce et Petriky, mesurant au total 6 000 hectares, pour mener à bien ses travaux d’extraction d’ilménite dans la ville de Fort-Dauphin.

Toutefois, selon toujours cette étude,  l’industrie doit instaurer trois zones de conservation dans ses trois sites. Le premier site Mandena, qui est actuellement en exploitation, s’étend sur une superficie de 2 000 hectares, et est à exploiter pour 20 à 30 ans. Sur les 2 000 hectares, le site Mandena héberge une aire protégée qui s’étend à plus de 430 hectares. Cette aire protégée fait partie du réseau national des aires protégées de Madagascar actuellement, et est gérée en collaboration avec  l’Organisation non gouvernementale (ONG) Saha, la communauté locale et la QMM.

La création de cette aire protégée est le début de la restauration écologique initiée par la QMM. Il s’agit de mettre en place un procédé de croissance rapide de la végétation.

Faly Randriantafika, surrintendant Biodiversité et gestion des ressources naturelles, explique le procédé.

« Il s’agit en premier lieu de planter des arbres à croissance rapide pour qu’ils servent de charbon de bois à la population. Cela afin d’éviter que ces derniers ne touchent les surfaces protégés. Pour cela, nous plantons donc de l’ « oroko » : du bois pour du charbon ou pour la confection de meubles. En second lieu, il s’agit de restaurer la forêt naturelle qui a été détruite ».

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Des échantillons d’espèces sédentaires mises en bocal au laboratoire environnemental de la QMM.
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Livre d’études sur la biodiversité, l’écologie et la conservation de l’écosystème littoral dans le Sud-Est de Madagascar.
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La finalité de la restauration écologique est aussi de « fournir assez de bois pour toute la région de l’Anosy », comme l’a ajouté Robison Yves Jemisa, ingénieur forestier.

Pour assurer la réhabilitation forestière, la QMM travaille avec des entreprises spécialisées dans le domaine. Parmi cela, la TBSE (Tropical Biodiversity and social enterprise) et le Fanarenana.

La QMM a également instauré deux autres aires protégées en dehors de la zone d’exploitation, et en dehors-même de la région Anosy. Il s’agit de l’aire protégée de Farafangana, qui mesure 1 500 hectares, et de celle de Bemangidy, mesurant aussi 1 500 hectares.

La gestion de ces aires protégées est réalisée en collaboration avec des organismes environnementaux, dont l’ONG Saha, le Gouvernement ainsi que la population locale.

L’aire protégée de Mandena suit le Code de gestion des aires protégées (COAP) en vigueur, qui exige que l’Etat soit le délégant et l’ONG le délégataire.

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Une forêt d'”oroko” reboisée.
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Mesures prises

L’aire protégée de Mandena est sujette aux menaces de feux de brousse et de coupe illicite, au même titre que la forêt de la région Anosy. Des mesures ont alors été prises par la QMM et la population locale pour prévenir le danger.

« La saison des feux de brousse s’étend surtout du mois d’août au mois d’octobre. Nous avons donc établi le « Dinan’i Mandena », une sorte de charte commune qui comprend les mesures à prendre à l’égard de toute entité ou particulier tentant de détruire la forêt par n’importe quelle action que ce soit. Nous avons aussi monté l’Unité de protection civile, qui est chargée d’éteindre les flammes en cas de feux de brousse. La vigilance reste évidemment toujours la première mesure de sécurité », explique Robison Yves Jemisa.

A part cela, un suivi est également réalisé.

Selon la plateforme Alliance Voahary Gasy (AVG), une étude réalisée en 2012 a démontré que « la couverture forestière malagasy n’a cessé de diminuer. La couverture actuelle est à quelques centaines d’hectares près la moitié de celle de 1950. On s’est félicité quand on est arrivé à diminuer cette déperdition (de 1% entre 1990 et 2000 à 0,53% par an entre 2000 et 2005) sans pouvoir imaginer qu’il est tout à fait possible d’augmenter notre potentiel forestier tout en l’exploitant d’une manière durable ».

Face à cela, la restauration écologique à croissance rapide se démontre comme une initiative efficace afin de prévenir la disparition des forêts, non seulement dans la région Anosy mais sur tout le territoire malagasy.

Tiasy


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