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Environnement et Covid-19 – A Madagascar, les activités illégales se multiplient, les criminels sont impunis

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Last updated on mai 20, 2020

Des Aires protégées pillées impunément, un trafiquant de tortues non emprisonné, des affaires de feux de brousse non résolus… Si d’un point de vue climatique, le Covid-19 a apporté des bénéfices à la Grande île, d’un point de vue spécifiquement axé sur la conservation des richesses naturelles, la pandémie a favorisé la multiplication des trafics illégaux. Face à cela, l’AVG appelle les communautés locales ainsi que l’Etat à appliquer la loi en toute égalité et à prendre les mesures qui s’imposent.

Les Aires protégées grandes victimes des activités illégales

Pendant que toute l’attention se porte vers la lutte contre le Covid-19, à Madagascar, certains individus en profitent pour effectuer tout trafic et autres activités illégales dans la discrétion. En effet, depuis le début du mois, plusieurs alertes ont été reçues par l’Alliance Voahary Gasy ou AVG, plateforme des organisations de la société civile Malagasy qui œuvre dans la protection et la conservation des richesses naturelles dans le pays, quant aux pillages, occupations et coupes illicites effectués au sein des Aires protégées.

Les aires protégées de la région Diana font face à une recrudescence des méfaits. Ce mois d’avril, en l’espace d’une semaine, plusieurs cas ont été recensés.

« Une plantation de cannabis a été constatée par les patrouilleurs de la brigade mixte au niveau de l’Aire protégée de la Montagne des Français. Deux personnes y ont également été arrêtées par les responsables locales, en train d’effectuer des coupes illicites de produits forestiers »,

a-t-on appris dans un communiqué de presse de l’AVG.

A Ambilobe, dans la Commune rurale de Beramanja, un tracteur transportant en pleine nuit 30 blocages de « Bonara » a été saiisi par les autorités locales.

Egalement au Nord-Est, à Maroantsetra, plusieurs personnes ont été interceptées depuis la fin du mois de mars dernier jusqu’à mi-avril pour occupation illicite et exercices d’activités illégales au sein d’une Aire protégée.

Au Menabe Antimena, dans la Commune de Tsimafana, 30 hectares de forêt ont été ravagés par des feux de brousse d’origine inconnue.

Des collecteurs et peseurs commencent également à s’installer au niveau des Fokontany.

Dans d’autres localités, suite à la dégradation de la situation, des citoyens de bonne volonté ont signalé différentes situations alarmantes. La réserve spéciale de Kalambatriatra, au Sud de Madagascar, fait l’objet d’exploitation de bois précieux. Des coupes illicites ont également été perpétrées au sein du Parc National d’Andasibe-Mantadia. A Sainte-Marie, les mêmes phénomènes se font remarquer dans la forêt d’Ampanihy.

Parc national Mantadia Analamazaotra
Cet arbre « ambora » a été victime de la coupe illicite en 2018, au sein du Parc National d’Andasibe-Mantadia. cc: Photos d’archives

Des criminels impunis

Les crimes environnementaux ont pris de l’ampleur durant le confinement, souligne l’AVG. Toutefois, les mesures prises par les autorités compétentes semblent minimes, et parfois, la loi n’est pas appliquée de la même manière. Des criminels se targuent en effet de bénéficier de protection en haut lieu.

Les personnes interceptées à Maroantsetra menacent les responsables du Parc dans l’exercice de leur fonction et incitent même les populations riveraines à envahir l’Aire protégée, a affirmé le communiqué de presse. Un des prévenus, ayant été condamné d’emprisonnement pour vente de cannabis, affirme bénéficier de protection de haut lieu. Pour le moment, les quatre inculpés sont actuellement mis en mandant dépôt en attendant la date de leurs audiences.

Un greffier qui avait mise en vente des tortues dans un journal a été reconnu coupable, condamné à une amende ferme et à payer des dommages et intérêts à la Direction régionale de l’environnement et du développement durable d’Analamanga. Ce qui choque l’AVG, c’est que celui-ci n’ait pas été emprisonné, alors qu’il ait été pris en flagrant délit.

« Face à ce jugement, l’Aliiance Voahary Gasy se demande si la loi s’applique de la même manière pour tous. Lors des affaires de même cas, tous ont écopé d’une peine d’emprisonnement. Selon la loi du Cites interdisant la vente d’espèces protégées, l’utilisation des espèces inscrites dans les Annexes de la loi Cites à des fins commerciales est une infraction »,

argue le communiqué de presse.

Selon l’article 46 de l’Ordonnance 1960-128 fixant la protection de la nature et la procédure de répression des infractions forestières, les peines d’emprisonnement doivent être prononcées.

A ne plus mentionner que le greffier est un fonctionnaire gardien de la loi qui a donc « bafoué des éthiques et ses déontologies ».

Un confinement qui rend service aux criminels

Face à la multiplication des crimes environnementaux depuis le confinement, l’AVG se permet de faire des réflexions.

Le service minimum au sein de la Justice aurait-il permis aux malfaiteurs d’en profiter pour piller les richesses de Madagascar ? L’Etat d’urgence sanitaire a-t-il empiré la pauvreté de la population, ainsi que la situation sociale et économique déjà précaire et fragile du pays ?

Force est d’avouer que les trafics des ressources naturelles et toutes autres activités illégales environnementales sont des moyens faciles pour gagner de l’argent, en ces périodes difficiles.

Communautés, associations et organismes oeuvrant dans la protection de l’environnement restent alors perplexes face à ces diverses pressions. Ce sentiment d’insécurité et de manque d’application des lois ne permettent pas à ces derniers de mener à bien leur travail.

Bien que les autorités régionales et locales essaient de contenir le fléau, le phénomène semble s’intensifier.

L’AVG souligne que « même en état d’urgence sanitaire, la société civile veille et surveille et n’aura de cesse à interpeller sur les faits graves nuisant à l’environnement de Madagascar. »

Elle appelle les citoyens Malagasy à préconiser la vigilance pendant cette période de crise sanitaire et à dénoncer tout acte criminel relevé au niveau des autorités compétentes, ou en appelant le numéro vert 512.

L’AVG réitère sa volonté à collaborer continuellement avec l’Etat.

Tiasy

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