Je ne vais pas m’étaler sur le discours sempiternel sur la décentralisation effective. Le fait est que depuis les années 90, l’expression revient fréquemment et on finit par la prononcer à tort et à travers. Cependant, la réalité reste la même, le pouvoir et l’argent restent centralisés au niveau de la capitale. Même les faibles recettes fiscales collectées dans les communes doivent en partie être versées à l’Etat central.  

Je voudrais plutôt saluer ces initiatives privées ou civiles d’animations, d’industrialisation et de structuration au niveau local. Au-delà des paroles mielleuses, certains préfèrent agir plutôt que de rester les bras croisés.    

Le salon du livre à Majunga

Le salon régional du livre et de la culture de Majunga qui se déroule cette semaine fait partie de ces actions. Pour la première fois, la ville des fleurs accueille un événement mettant en valeur la culture, dans le sens de la connaissance et du savoir et non seulement dans son interprétation de l’identité et de la tradition. Les établissements publics et privés ont daigné de participer à cette célébration hors du commun. Pour preuve, 1000 élèves ont défilé à travers la ville brandissant livres et écriteaux lors du carnaval d’ouverture dans la matinée du 06 Mai.

1000 élèves ont participé au carnaval du salon du livre et de la culture de Majunga
cc : Opération Bokiko

Ces villes mortes

L’initiative mérite d’être soulignée et soutenue puisque jusqu’à maintenant, aucune autre ville à part Antananarivo n’a été hôte de ce prestigieux salon du livre. Pourtant, ce ne sont pas les intellectuels qui manquent dans les régions mais apparemment, bon nombre d’entre eux s’entassent à la capitale.

La commune d’Ambohimahasoa constitue un exemple concret d’une ville (ou plutôt un village d’après son apparence) délaissée par ses têtes pensantes. Quittant leur terre natale pour poursuivre des études dans le chef-lieu de province, Fianarantsoa ou à la capitale, seule une partie des étudiants y reviennent. Comment retourner au quotidien du paysan quand on a goûté même un tout petit peu au confort, à l’ouverture et à la pseudo-facilité offerts par la vie citadine ?

« Moi, quand je dois aller là-bas, je reste seulement un jour ou deux ! L’électricité y fait défaut et la ville est morne ! Et un détail : mes enfants habitués aux toilettes confortables se sentent totalement déboussolés ici ! »

déclare un originaire d’Ambohimahasoa habitant désormais à Antananarivo.

Si ce n’est pas moi, qui le fera ?

C’est la question que chacun doit se poser face au dilemme de mener une vie meilleure ailleurs ou de retourner développer sa région d’origine. Si tous ceux qui ont reçu un certain niveau d’éducation se désintéressent de leur ville ou village natal, qu’en restera-t-il ?

Bien évidemment, tout cela nous mène à pointer du doigt l’Etat Malagasy qui a failli depuis toujours à son devoir d’équilibrer le développement régional. Quartiers administratifs, instituts supérieurs, zones industrielles d’envergure, évènements intéressants, bref tout se situe majoritairement à la capitale. Ne parlons plus du manque d’infrastructures structurantes, cœur du développement économique et sociale même d’une ville, dans de nombreuses régions. C’est pour cette raison, à choisir entre la peste et le choléra, les gens trouvent la capitale plus attractive.

décentralisation effective
Couverture du livre des lois sur la décentralisation

En tout cas, en attendant la décentralisation effective qui permettra à chaque localité de décider et de financer son développement, nous pouvons agir. Réveillons ce patriotisme, cet amour de notre village d’origine et transformons-le en action. A défaut d’y pouvoir vivre, retournons là-bas de temps en temps pour sensibiliser, ranimer et développer.

Ando Nantenaina


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