Je l’ai connu en tant que formatrice en développement personnel lors de la formation « comment devenir des influenceurs positifs » chez Book News Madagascar…Ou en fait, non ! Je l’ai rencontré en tant que journaliste culturelle lors d’un cercle littéraire pour la promotion de la lecture et des livres à Madagascar. Mais, elle, on peut la rencontrer partout : là où on veut faire bouger les choses, là où on discute de développement, là où on se cultive, là où on agit pour l’unité nationale, là où on parle d’émancipation de la femme… Bref, partout où elle peut s’exprimer et agir pour le développement de l’humain et le développement de son pays. Mariée et mère de deux petits garçons, elle a su associer vie de famille, études, vie associative et vie professionnelle malgré les défis que cela représente. Elle, c’est Damy Govina.

Ce petit bout de femme qui brille par la grandeur de son esprit ne cesse de surprendre plus d’un. Elle s’invente et se réinvente, se découvre et se redécouvre constamment. Ses multiples casquettes sont les reflets de son énergie bouillonnante qui l’empêche de rester comme une simple spectatrice.  Elle subjugue plus qu’elle ne blesse pour son côté franc et direct. Et surtout avec un tantinet rebelle, elle nie, elle transgresse et elle casse les idées reçues sur la femme, sur les côtiers, sur le système et sur la vie à Madagascar. Nous avons tous beaucoup à apprendre de cet être humain qui, finalement, ne fait que vivre pleinement sa vie de façon humaine. Mais pour aujourd’hui, zoom sur ses avis sur les stéréotypes qu’elle a accepté de nous partager. 

“Akory e!” un évènement prônant l’unité dans la diversité initié par Damy Govina
cc : Damy Govina

1. Les Ntandroy sont des illettrés 

Damy Govina: Surtout pas ! Pourquoi les Ntandroy seraient un cas à part ?  Tout comme d’autres Malagasy au pays, l’éducation n’ayant pas été prioritaire pour les pouvoirs décideurs, il n’y a pas que les Ntandroy qui ne jouissent pas d’un enseignement de normes. Bien que le taux d’illettrisme soit élevé dans toute l’île, le mot « illettré » est extrêmement déplacé car malgré qu’il existe plusieurs Malagasy qui ont fait des études, l’absence d’infrastructures et de structures pour les appuyer dans leurs démarches universitaires demeure limite-limite. Ils se retrouvent alors à rêver de la capitale et n’ont presque plus envie de retourner dans leur région, car on ne leur a pas donné l’opportunité de s’accomplir. 

Encore, cette partie du Sud de Madagascar est devenue le témoin de l’attardement, mais est- ce que c’est la seule ? Étant donné que nous sachions les problèmes, pourquoi jusqu’à ce jour, les projets ne répondant pas aux besoins du Sud continuent ? Et pour vous en illustrer, ce n’est pas seulement sur la RN10 et sur la RN13 que les routes sont infernales. J’appellerais cela une « sur-communication » et nous y participons tous car nous ignorons la vérité et la réalité de cette partie de l’île. 

Donc, tous les Malagasy et plus précisément les Ntandroy ne sont pas tous des illettrés.  Je suis une preuve vivante parmi tant d’autres. 

2. Une femme mariée ne peut pas être épanouie professionnellement

Damy Govina lors d’un évènement culturel
cc : Damy Govina

Damy Govina : Peut-on s’épanouir professionnellement en étant mariés ? Est-ce que toutes les femmes mariées travaillent? Qu’est-ce que l’épanouissement professionnel ? Tout est question de choix. Une jeune fille qui a été enseignée par ses parents qu’il faut avoir un bon mari pour vivre heureuse ne pourra pas comprendre ce que c’est que professer. L’épanouissement pour elle, c’est d’être référé à l’homme qui lui a mis la bague au doigt. C’est une tâche qu’elle pense lui est légitime.  Elle ne pourra alors que vénérer l’homme qui lui servira de source alimentaire, de source vestimentaire et de fortune. Et elle sera la femme de quelqu’un…Une autre dira qu’elle fera tout pour se trouver de l’argent avant d’entamer une quelconque relation amoureuse. Ainsi, rien n’empêche une femme d’avoir un mari et de contribuer aux besoins du foyer.  

S’épanouir professionnellement demande la mutualité du couple.  Qui fait quoi quand l’autre n’est pas là ? Il faut, alors, se parler avant de s’engager pour ne pas devenir un fardeau pour l’un comme pour l’autre. C’est ce que j’appelle le « Contrat matrimonial ».

C’est tout un débat, pourquoi une femme ne s’épanouira pas professionnellement en étant mariée ? Il lui faut seulement un partenaire qui verra en elle un corps de réalisation que d’un corps de reproduction. 

3. Ceux qui font du développement personnel ont suivi des cours à l’étranger / en ligne.

Ces derniers temps, il y a eu comme un boom des formations en développement personnel dans la Capitale. Parfois, l’on ignore qui est vraiment formateur certifié et qui est autodidacte auto-certifié. D’ailleurs, à mon sens, je n’ai pas encore vu, su, et entendu un centre dédié à cette formation.  

Moi, je pense que même avec les meilleurs outils des meilleurs formateurs en développement personnel du monde, le développement personnel ne s’apprend pas. Ce sont des étapes, des vécus qui ont fait renaitre une personne pouvant témoigner de ses défis relevés pour pouvoir aller de l’avant. 

Des méthodes ayant marché pour moi ne peuvent pas forcément marcher pour une autre personne. Donc, en ligne ou à l’étranger, les « connaisseurs » en développement personnel ont transformé leur parcours en un témoignage miraculeux de ce que c’est que la réussite tout en apportant de l’aide à ceux qui n’ont pas encore su se réveiller de leur oisiveté. Mais, tout de même, il y a des personnes qui ont passé des années à travailler dessus, à l’étranger, sans pour autant les citer. 


Damy Govina lors de la conférence débat sur le thème de “Qui mérite de mourir” à l’occasion de la journée mondiale du Droit de l’Homme au CGM Analakely
cc : Damy Govina

4. On doit se maquiller / se mettre en beauté pour se faire valoriser.

Damy Govina : La notion de la beauté reste un système d’un idéal sociétal, une imposition de ce que doit être une femme, selon la perception masculine. Le plus étonnant est que nous, femmes, avions suivi cette soumission sans pour autant nous dire que cela nous est totalement dégradant. 

Et tant que ce soient les hommes qui dirigent et pensent avoir la meilleure gouvernance pour l’humanité, la femme se retrouvera toujours à être l’objet de décor, intellectuelle ou pas. Déjà, quand on parle de maquillage, les femmes sont directement exposées bien qu’il existe notamment des produits de beauté pour homme. Donc, si c’était alors le contraire, genre, il faut être un homme bien constitué pour se valoriser…Ce sera différent. Cela entre encore dans l’infériorisation de la gent féminine, le pire est que nous l’avons accepté.   Une femme qui ne se maquille pas est vue telle une personne qui n’avance pas, mais ce ne sont que des morales, rien ne force qui que ce soit à se peindre le visage pour se valoriser. Est-ce que la valeur d’un être humain se résume à l’image qu’il montre ou aux actions qu’il fait ? Si vivre est de se référer à ce que les gens pensent être le mieux, notre existence ne nous appartiendra jamais. 

Somme toute, que vous vous maquillez ou pas, cela ne changera rien en ce qui vous êtes et aux valeurs que vous vous êtes définies. 

Damy Govina lors de l’ouverture de l’évènement “Akory e!”
cc : Damy Govina

5. Il faut graisser la patte de quelqu’un pour réaliser de grandes choses à Madagascar. 

Damy Govina : Le fait de le dire comme cela semble prouver que c’est la seule manière d’y arriver. Mais, à mon avis, le fait de donner de l’importance à la fourberie de certaines personnes c’est ce qui fait que nous croyons à cette culture que nous avons nous-même acceptée. Souvent, nous aimons la facilité que les gens nous jouent. Nous sommes si paresseux que nous nous cachons derrière les exploits de nos parents ou de nos proches. Je ne dirais pas « graisser la patte », je dirais plutôt « aimer graisser la patte ».

 Afin de réaliser des grandes choses, tout passe par la détermination, la volonté et surtout la foi en soi-même. 

Damy Govina, Yltpienne 2019, journaliste culturelle, présidente-fondatrice de l’Association GASIKO
cc : Damy Govina

Et à force de graisser la patte, je vous rassure que vous n’aurez rien que des défaites dans la vie. Vous n’aurez jamais cette fierté que quand vous avez vraiment sué et dépassé vos propres limites. Donc, soyez rassurez qu’aussitôt que vous vous enleviez de votre tête qu’il n’y a aucune facilité avantageuse dans la vie, vous réaliserez des grandes choses. 

Ando Nantenaina


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