France Télévisions a mis en place en septembre 2016 un partenariat avec l’association Planète Urgence. L’accord conclu permet à un salarié de s’engager dans un « Congé Solidaire® » et ainsi de participer à une mission citoyenne et sociale de solidarité internationale.

Toutes les photos de cet article ont été prises par Henri Hélie
Cet article a été publié avec la permission de l’auteur, Henri Hélie
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cc: Henri Hélie

SALAMA. Quand on revient dans « l’Île Rouge » et ce, même après plus d’un an d’absence, ce qui fut mon cas du 15 novembre au 1er décembre, on retrouve très vite les mêmes couleurs, les mêmes odeurs, les mêmes parfums, et des joies identiques …….

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Et puis, comme d’habitude, on découvre dans la rue mais aussi dans la cour des écoles, les mêmes sourires, complices et espiègles des petits garçons, malicieux et lumineux des petites filles. Tous ces élèves sont si heureux d’apprendre. Il suffit de voir leurs yeux, à la fois vifs et curieux, observant le moindre de vos gestes, vous détaillant de la tête aux pieds, buvant littéralement vos paroles.

Et pour cause, c’est justement en 9ème que les petits élèves malgaches commencent à apprendre une deuxième langue, en l’occurrence le français.

 Et quand Philippe, l’autre « volontaire » de cette mission socio-éducative, et moi-même, sommes arrivés dans la banlieue de la capitale, Antananarivo, nous ignorions qu’en fait cela faisait tout juste 6 semaines qu’ils avaient toutes et tous débuté les cours de français.

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Ainsi donc nous étions confrontés, dès le départ, à d’énormes difficultés de compréhension. Tout simplement. Mais qu’importe dans ce genre de situation, il suffit comme à chaque fois de s’adapter, et de reprendre les bases petit à petit sans s’affoler outre mesure. Et puis les enfants, ce n’est pas comme les adultes, ils apprennent en effet dix fois plus vite ! Leur mémoire visuelle est énorme. Ils emmagasinent beaucoup plus rapidement ce que l’on écrit au tableau noir et -de surcroît- en plus grande quantité.  L’EPP, comprenez, l’École Publique Primaire d’Antsahavory est un établissement scolaire (à 17 km de la capitale) où sont inscrits pas moins de 700 élèves encadrés par 18 institutrices sur la commune d’Antehiroka. D’emblée ce qui impressionne en arrivant chaque matin dans la cour de l’école, c’est la levée des couleurs devant tous les élèves. Le drapeau malgache est donc hissé sur le mât installé à deux pas de la petite bibliothèque. Autre surprise, c’est devant chacune des classes que les élèves se mettent ensuite au garde-à-vous avant de pénétrer dans leur salle de cours.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Après la date du jour inscrite au tableau noir, un classique, je colle toujours sur ce tableau une grande carte du monde à l’aide de pâte à fixe -ils n’ont ni l’un ni l’autre- et je leur demande de trouver et de me montrer Madagascar et la France. Moments de flottement bien naturels pour des élèves de 9ème. J’écris aussi l’alphabet sous forme de frise tout en haut du tableau de telle sorte qu’ils aient constamment et quotidiennement un œil sur toutes les lettres. 

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Puis c’est l’heure des premières leçons, ou plutôt des premières lectures. Celles par exemple de poèmes de Maurice Carême sur les conseils de ma propre fille qui achève des études de Lettres Modernes. Des lectures simples comme « Le chat et le soleil », ou bien « L’ogre », « La lune » ou encore « Pour dessiner un bonhomme ». Des histoires courtes et compréhensibles de toutes et tous, surtout en 9ème.

Après avoir lu ces textes moi-même à haute voix et en prenant soin de bien détacher les mots compliqués, de les expliquer, les élèves viennent sur l’estrade à côté de mon bureau pour les déclamer à tour de rôle.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Et puis une anecdote que j’aime raconter. J’avais emmené dans mes bagages un livre à plus d’un titre précieux : « Martine à la montagne ». Quand je leur ai lu certains passages, plus encore quand je leur ai montré les images, ils ont ouvert des yeux ronds comme des billes tout en s’exclamant avec des oh à la fois d’étonnement et d’admiration tellement leur surprise fut grande. Imaginez, de la neige ! Des luges, des skis, des patins à glace ! Ils n’avaient tout simplement jamais vu cela ! Ils ont feuilleté, serrés les uns contre les autres, joues contre joues,  le livre pendant de très longues minutes. Leur joie était intense. Leurs yeux brillaient. Avec des sourires éclatants. Une bien jolie découverte pour eux. Gilbert Delahaye pour les illustrations et Marcel Marlier pour les textes, les deux auteurs des « Martine », ont fait là de nouveaux et heureux petits lecteurs !!! Il est évident que j’ai abandonné ce livre sur l’une des étagères de la bibliothèque de l’école.

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Ce qui est fou, et je l’avais déjà constaté l’an dernier à Tsiroanomandidy dans cette petite école de l’Alliance Française, c’est l’attitude de ces élèves petits ou grands, adolescents ou non, de vouloir toujours et tout le temps prendre la parole ! Lever le doigt pour être interrogé. Ou pour aller aux toilettes. Bref l’envie permanente de s’exprimer. Avec toujours le sourire aux lèvres. C’est une merveilleuse leçon de vie que nous donnent ces enfants. La soif d’apprendre le français est indéniable. Il faut préciser que pour elles et eux, cet apprentissage d’une deuxième langue est d’une nécessité vitale.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

En effet, non seulement toute l’administration du pays est gérée et écrite en langue française, mais en plus dans la vie quotidienne, il est primordial de pouvoir la lire, la comprendre et la parler.  Sachez par exemple que lorsque vous allez dans une pharmacie à Madagascar, toutes les boîtes de médicaments sont imprimées en français et donc, bien entendu, la moindre des notices ! Quant aux étiquettes dans les magasins, aux publicités dans les journaux ou dans la rue, parfois aux panneaux et autres pancartes, presque tout est en français ! Sans oublier qu’à l’Université d’Antananarivo comme ailleurs dans tout le pays, ainsi qu’autre exemple dans les écoles de commerce les cours se font en français.

Le moindre salon national ou international au Parc Forello Tanjombato, le plus grand parc des expositions de tout l’Océan Indien, tous les stands sont en français, les hôtesses d’accueil s’y expriment en français, etc … etc …

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Ainsi l’enfant inscrit à l’école publique ou privée se doit de lire, d’écrire et de compter en français. Sa réussite scolaire en dépend grandement !

Avec Philippe, mon autre « collègue » en Congé Solidaire, nous avions chaque matin deux classes l’un et l’autre, de 8h30 à 10h puis de 10h à 12h et chaque après-midi une classe de 14h à 16H30. Pour nous y rendre, nous faisions -de chez l’habitant où nous logions et déjeunions … jusqu’à l’école- près de 30 km au total par jour à pied lors de deux allers-retours. Certains de nos petits élèves en réalisaient bien davantage.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Pour revenir à nos cours, je les ai imaginés plus ludiques en faisant participer mes 9ème non seulement à des séances de lecture, d’écriture, d’élocution et de dessin mais également à des jeux.  Exemples ceux du « Pendu » et du « Petit Bac » qui sont ainsi à la fois instructifs et distrayants. Les enfants ont adoré en y participant avec enthousiasme. Certaines de leurs institutrices nous ont même demandé parfois d’assister aux cours afin de pouvoir, après notre départ, poursuivre les mêmes objectifs de l’enseignement du français, une deuxième langue qu’elles ne maîtrisent pas toutes de la même façon.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Sur l’ensemble de cette mission socio-éducative, il n’y a guère qu’une seule journée durant laquelle nous n’avons pu donner nos cours et pour cause, le Mercredi 27 Novembre, avaient lieu à Madagascar les Élections Municipales. Et ce jour-là tout s’arrête. Les écoles sont fermées. Les ministères et autres administrations également. L’alcool est interdit sur tout le territoire malgache le temps du scrutin : sur les marchés, dans les petites épiceries, dans les grandes surfaces, bref partout. Que vous soyez dans le camp des vaincus ou dans celui des vainqueurs, vous êtes tous logés à la même enseigne ! ……. Et nous les « Volontaires » privés du sourire de nos petits élèves juste pendant 24 heures.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Le dernier jour, j’ai laissé dans la bibliothèque de l’école le dictionnaire rapporté de France et les quelques livres que j’avais choisis à Paris pour mes petits 9ème. Quant au matériel scolaire, nous l’avons, Philippe et moi, acheté sur place à Antehiroka, de quoi contribuer -humblement- à l’économie locale.

À noter enfin que j’ai eu beaucoup de chance d’avoir pu obtenir -deux années de suite- un « Congé Solidaire » et ce, grâce au partenariat entre France Télévisions et Planète Urgence.

Une fois de plus, j’incite les autres salariés du Groupe à en faire autant. C’est gratifiant. Cela vous rend fier. On se sent quelque peu utile. Et on repart grandi de cette expérience humaine et professionnelle.

Zao faly. Misaotra.

Henri Hélie
cc: Henri Hélie

Textes et Photos d’Henri HÉLIE

Traduction :

Salama = Bonjour
Zao faly = Je suis content
Misaotra = Merci  

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